J'ai du mentir, tricher, et tuer qui sait, dans une autre vie. Peut être étais-je horrible, peut être suis-je la réincarnation de Jack l'éventreur. Au moins, dans mon autre vie, j'étais célèbre. Dans ma vraie vie, dans celle où je suis en ce moment, je paye ma célébrité passée. Ainsi que donc, ma criminalité. Comment expliquer alors, tout ce bordel, qui a à la fois fut dans un ordre parfait : foirade de prépa, de code, de concours, et même de réorientation. Foirade aussi, une fois de plus, dans mes relations humaines et sociales, foirade d'estime dans un égo, pas « surdimensionné », mais : « bon »... Aurais-je oublié quelque chose ? A part le fait d'avoir 19 ans, et la vague impression d'avoir déjà raté ma vie, non.
Alors, mon expérience professionnelle, ou en tout cas, dans la vie active, fut renforcée, bien que dérisoire et en aucun rapport de près ou de loin avec ce que je planifiais de faire de mon futur. Vraiment aucun, ou alors, si, la possibilité de voir de près la vie chez les grands, tout en étant éloignée, parce que non conviée, ou, pas réellement. Une maman m'a dit que je pourrais en écrire un bouquin, mais je ne veux pas refaire « le diable s'habille en Prada », parce qu'il doit aussi travaille chez Dior. De toute façon, je suppose qu'il faut toujours partir dans l'idée qu'on tombera sur des connards. Si on a de la chance, un connard par société, un qui vous toisera, ou un qui, justement, ne vous regardera même pas, car vous et lui, ne faites pas partie du même monde. Alors forcément, dans ces moments-là, j'ai envie d'hurler que je ne le jalouse aucunement, et que jamais je ne voudrais me retrouver à la place de l'homme qui ne se considère plus comme tel, et qui, de sur croix, va se mettre à ignorer l'humanité même. Il faudrait que je lise des bouquins de socio pour voir si c'est bien normal qu'il y ait toujours une personne dans un groupe de personne qui veuille se démarquer des autres, se pensant supérieur, ou juste exceptionnel.
Ce qui n'est pas exceptionnel, malheureusement, ce sont les personnes intelligentes qui se retrouvent à faire des boulots de chiens, alors qu'ils ne s'y destinaient pas du tout. J'en aurais rencontré, des personnes qui ont suivi bien des formations, et non des moindres, mais qui sont ; moins que rien, aux yeux de leur entourage. Alors évidemment, tout cela renforce mon scepticisme quant à l'avenir de mes frères, que feront-ils ? A quoi rêvent-ils ? Mais surtout ; qu'est-ce qui sera assez « bien » pour être « quelqu'un » plus tard.
L'avenir est-elle une page blanche nous demanda la prof de philo en terminale. Nan, elle est pas blanche, elle est grise, comme le ciel de Paris en ce mois de juillet, et comme mon moral. Gris. Parfois, il y a des éclaircies, et on se croit à nouveau en vacances, ou en tout cas, en été, et alors j'ai à nouveau foi en moi. Mais il faudrait arrêter d'avoir foi en la Sorbonne, ou toute autre scolarité que ce soit. Je suis pas pessimiste en plus d'habitude, c'est ça le pire.